Un trafic illégal de déchets en Bavière révèle les limites de la transition énergétique

Exportation illégale de déchets, décharges sauvages et désastre environnemental: le scandale ROTH International met en lumière les limites de la transition énergétique allemande. Plus de 600 tonnes de rebuts d'éoliennes et de batteries au lithium ont été déversées illégalement en Tchéquie. Au final, ce sont les contribuables bavarois qui devront passer à la caisse pour réparer les dégâts.
Article – Publié: 2026-06-15 10:46  Pages: 1  
La Bavière est secouée en ce moment par un scandale lié à la gestion des déchets issus de la transition énergétique. L'affaire concerne des centaines de tonnes de matériaux divers provenant de la mise au rebut des énergies renouvelables et de la mobilité électrique. Plutôt que d'être recyclés, ces derniers ont traversé frauduleusement la frontière germano-tchèque et se sont retrouvés dans des décharges illégales.

C'est l'action courageuse de Madame Šišková, bourgmestre de Jiríkov en Bohême du Nord, qui a révélé l'affaire. Début 2025, elle avait empêché un camion de 40 tonnes impliqué dans la contrebande, d'aller décharger le contenu de sa remorque sur le territoire de sa commune. En alertant
Barbora Šišková
©Barbora Šišková
les médias et les autorités, elle avait mis fin au trafic et activé la justice des deux côtés de la frontière.

Très vite, l'entreprise ROTH International GmbH basée à Weiden dans le Haut-Palatinat bavarois, a été montrée du doigt. Depuis 2022, son dirigeant et fondateur, Michael Roth, prétendait avoir résolu les problèmes de recyclage des pales d'éoliennes et de certains composants de batteries de véhicules électriques. L'exploit était de taille, puisque ces matériaux sont connus pour être difficiles à recycler de façon rentable et écologiquement acceptable.

Pour les autorités, l'entrepreneur passait pour un spécialiste du recyclage et son projet donnait toutes les garanties de durabilité. Il était d'autant plus crédible, qu'il déclarait utiliser une technologie innovante développée en coordination avec l'institut Fraunhofer, lequel a démenti par la suite toute coopération avec le personnage.

En réalité, plutôt que de gérer l'élimination coûteuse et polluante de ces déchets, ils étaient exportés illégalement en Tchéquie sur deux sites: à Jiríkov en Bohême du Nord et à Heršpice près de Brno. Une déclaration frauduleuse sur leur
composition et leur dangerosité était fournie à la douane pour leur faire passer la frontière. Entre juin 2024 et janvier 2025, un transporteur tchèque complice s'est occupé du convoyage et de l'entreposage final de ces matériaux. Lorsque l'affaire éclate et que la justice s'en mêle, ce sont plus de 600 tonnes de déchets qui ont été acheminés, soit l'équivalent de 29 camions.

La révélation du scandale et la mise en cause de ROTH International GmbH dans les enquêtes ont signé son arrêt de mort. Malgré les sommes importantes reçues du fonds d'investissement BayBG, au début 2025 l'entreprise dépendait entièrement de fonds publics pour sa survie. La faillite a été prononcée en mars et son dirigeant a été placé en détention provisoire en août, au motif d'« élimination illégale de déchets à l'étranger ».

Le transporteur tchèque, lui, a été remis en liberté en octobre pour avoir « contribué à l'élucidation des faits
L'Allemagne produit chaque année 20'000 tonnes de déchets liés à la mise au rebut des éoliennes
Umweltbundesamt (UBA)
». À ce stade, les enquêtes des services douaniers allemands ont été bouclées et le procès a débuté le 11 juin dernier au tribunal régional supérieur de Weiden.

En tout état de cause, ce sont les contribuables bavarois qui devront payer les pots cassés. La masse en faillite permettant tout juste de couvrir les frais de procédure, les 2,1 M€ de subventions versées en 2023 par la région Oberpfalz et les sommes investies par BayBG ne pourront pas être récupérées. Pour la même raison, l'assainissement complet des décharges illégales du côté tchèque devra aussi être assumé par les Bavarois.

Le fait qu'un pays nanti comme l'Allemagne profite d'un pays voisin beaucoup moins riche pour évacuer des tonnes de déchets problématiques met mal à l'aise les autorités bavaroises. Le ministre de l'Environnement du Land, Thorsten Glauber, a donné sans hésiter son accord pour rapatrier la totalité du contenu des décharges illégales et financer son élimination sur les deniers publics.

Cette affaire met en lumière la tension entre l'obligation de trouver des solutions viables pour gérer la montagne de déchets que produisent les énergies renouvelables. Selon l'Office fédéral de l'environnement, 20'000 tonnes de matériaux liés au démantèlement des éoliennes sont produits en Allemagne chaque année. Ce chiffre pourrait passer à 50'000 tonnes au cours de la prochaine décennie, puisque l'espérance de vie d'une éolienne est de 20 à 25 ans et qu'un tiers des 30'000 éoliennes en service a déjà plus de 10 ans.

Ce n'est pas la première fois que ce type de fraude organisée affecte le secteur des énergies renouvelables. Face aux impasses et aux obstacles qui s'accumulent, la multiplication de ces scandales finira inéluctablement par mettre en cause tout le modèle de l'Energiewende.